Côte d’Ivoire : Les forêts ivoiriennes sont toujours menacées

La situation forestière en Côte d’Ivoire est devenue extrêmement préoccupante, comme le montrent ces données du ministère de l’agriculture: de 16 millions d’hectares de forêt en 1900, la surface forestière de la Côte d’Ivoire est passée à moins de 3,5 millions aujourd’hui, avec une disparition de 7,8 millions d’hectares de forêts en 1990 ; 5,1 millions en 2000 ; 3,4 millions en 2015, à ce rythme le pays est en voie de perdre la totalité de son couvert forestier d’ici à 2034.

Le secteur agricole représente 22% du PIB de la Côte d’Ivoire, plus de 50% des recettes d’exportation et les deux tiers des sources d’emploi et de revenu de la population, selon la Banque Mondiale, ce sont les conditions des décennies passées qui ont favorisé le développement du modèle agricole actuel. La déforestation reste très élevée du fait de la conversion des forêts en terres agricoles, ce qui fait du secteur agricole l’un des facteurs directs de la réduction de la couverture forestière par l’expansion de l’agriculture commerciale comme le cacao, l’hévéa, l’huile de palme, le riz, l’igname, la banane plantain…

La plupart du temps, les agriculteurs ivoiriens utilisent des techniques de brûlis pour défricher les terres et un renouvellement de la fertilité des sols via des jachères prolongées. Ces utilisations ne sont pas sans risque selon la société ivoirienne de développement des plantations forestières (Sodefor), qui avait fait une étude il y a six ans sur le sujet. Près de 300.000 hectares de forêt disparaissent annuellement en raison de la surexploitation illégale du bois qui sert à la production du charbon et à l’exportation de bois précieux à l’instar du teck, l’afromosia, du bois bété… La filière cacao est aussi en crise, sujette à des pertes de productivité de plus en plus importantes dans un paysage naturel transformé, plus vulnérable à la sécheresse et au changement climatique.

Des initiatives encourageantes ont été menées comme l’adhésion du gouvernement de la Côte d’Ivoire fin 2013 à une feuille de route nationale REDD+ (document R-PP) qui met l’accent sur le découplage entre production agricole et déforestation. La stratégie nationale REDD+, attendue d’ici à 2017, pourra s’articuler avec des plans de découplage production-déforestation pour chaque grande filière agricole. La discussion nationale établira dans quelle mesure le fonds national REDD+, envisagé pour soutenir les actions qui contribuent à réduire la déforestation, pourrait couvrir certains coûts de la transition agricole où se joue effectivement l’avenir des forêts du pays. La feuille de route REDD+ envisage la mise en place d’un système national de paiements pour services environnementaux ou de prêts avantageux (taux réduits, longue maturité) pour soutenir les producteurs pendant les années de transition, sur la base du respect d’un plan de zonage forestier.

Les problèmes causés par la déforestation en Côte d’Ivoire sont aujourd’hui une menace directe pour l’équilibre environnemental de la région c’est pourquoi il nous paraît opportun de recommander les actions suivantes :

  • Réduire l’expansion agricole qui met en péril le couvert forestier ;
  • Elaborer une stratégie humaine pour les individus qui vivent dans la forêt
  • La définition d’une politique d’affectation et de gestion des terres ;
  • Conserver les quelques blocs forestiers primaires encore intacts et leur biodiversité
  • Un reboisement populaire lucratif comme opération de reconstitution rapide du capital forestier ;
  • La fixation et l’intensification de l’agriculture, combinées avec un apport au sol de matière organique ;
  • La création d’une structure rurale permettant d’améliorer les systèmes de production et relancer les autres secteurs du milieu rural pour absorber le flux de population ;
  • Le gouvernement devrait plutôt administrer le secteur forestier et les zones protégées dans leur ensemble, en prenant en compte tous les facteurs écologiques, agricoles, industriels, socio-économiques et sécuritaires.
  • Et enfin, la participation de l’Etat dans la clarification des textes et la surveillance effective des forêts.

La Côte d’Ivoire est aujourd’hui à un tournant de l’histoire de son développement et de son action environnementale, s’inscrivant dans le contexte de perturbation environnementale globale (comment peut-on s’incrire dans quelque chose de négatif ?) qui menace l’équilibre écologique régional et de l’humanité, un constat amer qui augure une prise de conscience générale.

Konan Y. Prince (Blogueur sur voicesofyouth – UNICEF) konanyprince@gmail.com

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