Hausse du niveau marin : « On ne pourra pas construire des digues partout »

L’ampleur de la hausse du niveau des mers est l’une des grandes incertitudes posées par le réchauffement climatique. À quoi faut-il s’attendre pour les années à venir ? Et quels en seront les impacts sur les populations côtières ? Éléments de réponse avec Marie-Noëlle Woillez, spécialiste des questions climatiques à l’AFD.

Comment évolue le niveau des mers actuellement ?

La hausse s’accélère. Depuis le début du XXe siècle, on a observé une élévation globale d’environ 20 cm, à une vitesse qui est passée de +1,4 mm par an en moyenne entre 1930 et 1992 à +3 mm par an de 1993 à 2015.

Cette hausse n’est pas uniforme sur tout le globe, principalement parce que l’eau ne se réchauffe pas partout avec la même intensité (plus l’eau se réchauffe, plus elle se dilate et plus son niveau monte). D’autres facteurs peuvent jouer, comme des changements de dynamique qui modifient la répartition des masses d’eau.

À quoi faut-il s’attendre pour les années qui viennent ?

On ne le sait pas précisément. Le dernier rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), publié en 2013, tablait sur une hausse d’1 m maximum en 2100 si les émissions élevées de gaz à effet de serre se poursuivent. Problème : cette projection ne tient pas compte d’une possible déstabilisation rapide des calottes glaciaires.

Aujourd’hui on ne sait d’ailleurs pas dire comment celles-ci vont continuer à réagir au réchauffement climatique en cours. Certains auteurs scientifiques estiment que nous avons déjà passé un point de bascule, et que même si nous arrêtions demain d’émettre des gaz à effet de serre, le processus de désagrégation des glaces du Groenland et de l’Antarctique se poursuivrait.

Les prévisions du GIEC seront donc probablement révisées à la hausse dans le prochain rapport attendu pour 2021. Certains scientifiques pensent que si l’on continue sur une tendance de fortes émissions de gaz à effet de serre, ce ne sera pas 1 m mais 2 m supplémentaires qu’affichera l’océan à la fin du siècle.

D’autant que d’autres facteurs liés à l’activité humaine, et auxquels on pense moins, accentuent le problème à divers endroits du globe…

Oui, en certains endroits l’homme dégrade les terres, ce qui les expose encore plus à une hausse du niveau marin. Le delta du Nil, par exemple, perd du terrain face à la mer Méditerranée, en raison notamment des barrages construits en amont réduisant l’apport de sédiments dans cette zone. De façon générale, dans de nombreux deltas, le pompage de l’eau souterraine et le poids des nouvelles constructions contribuent à un enfoncement des terres qui peut atteindre plusieurs centimètres par an. Ailleurs, c’est une exploitation anarchique du sable qui fait régresser les plages et fragilise les terres et les villes voisines.

Quel sera l’impact de cette hausse du niveau marin sur les populations ?

C’est difficile à dire, car il est aujourd’hui impossible d’obtenir des prévisions fiables à l’échelle locale pour l’ensemble du monde. Ce que l’on sait, c’est que 625 millions de personnes vivent actuellement dans des zones côtières de faible élévation (moins de 10 m) et que ces populations vont connaître une énorme croissance, vu les courbes démographiques actuelles et la tendance à l’urbanisation.

Selon le nombre de personnes concernées, la géographie et les ressources économiques locales, la menace ne sera pas la même. Il me paraît évident qu’on ne pourra pas construire des digues partout. Tout devra être évalué au cas par cas. Et le plus tôt sera le mieux.

En savoir plus :

 

Source: Afd.fr

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Une réflexion sur “Hausse du niveau marin : « On ne pourra pas construire des digues partout »

  1. C’est vraiment triste, notre littoral est sérieusement menacé, Lahou kpanda ne cesse de perdre ses terres et ce de façon très accélérée. Cette localité devrait-elle disparaître en raison de l’incapacité des décideurs locaux et quand bien même elle disparaîtrait à quelle localité sera le tour? Toukouzou ? Jacqueville ?… sauvons nos terres, lors de nos enquêtes de terrain dans cette zone nous avons réellement été peiné par les différents témoignages des riverains. Encore sauvons nos terres, ne laissons pas la mer engloutir nos richesses.

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