Augmenter les financements pour l’Afrique, maintenant !

« Monter un « plan Marshall » Africain est donc une idée parfois évoquée. L’image est maladroite mais elle permet de rappeler que si l’Europe, ravagée par la guerre, n’avait pas eu des financements colossaux concentrés, nous ne serions peut-être pas revenus au niveau où nous sommes ce jour ». Tribune de Jean-Michel Huet, Associé BearingPoint.

De nombreux pays africains, dans l’analyse du FMI (Etude des perspectives régionale 2018), ont dépassé leur seuil d’endettement normaux, ce qui pourrait réduire les capacités de financement sur des modèles d’emprunts notamment souverains classiques. A suivre cette logique, l’Afrique serait donc suffisamment financée. Or ceci est doublement faux. D’une part, si l’on prend tous les moyens de financement de l’économie au niveau mondial (dette, emprunt, actions, obligations, etc.) le monde dans son ensemble est financé à hauteur de 4 fois son PIB. Pour l’Afrique ce ratio est à peine de 1.

Le continent reste donc structurellement sous-financé. D’autre part les besoins sont immenses : accès à l’énergie, autonomie économique des femmes et des jeunes, élargissements des dispositifs de protection sociale, adaptation au changement climatique, structuration de l’agro-alimentaire, prise en compte des enjeux de l’urbanisation, développement de la gouvernance publique, renforcement des capacités dans les domaines de l’éducation et de la santé, intégration des enjeux liés à la transformation numérique, etc.

Monter un « plan Marshall » Africain est donc une idée parfois évoquée. L’image est maladroite mais elle permet de rappeler que si l’Europe, ravagée par la guerre, n’avait pas eu des financements colossaux concentrés, nous ne serions peut-être pas revenus au niveau où nous sommes ce jour. L’image vaut donc surtout pour une remise en perspective des chiffres. La Banque Mondiale aujourd’hui finance à hauteur de 68 milliards de dollars plus de 600 projets en Afrique. Cela peut paraitre beaucoup, mais c’est en réalité insuffisant. Par exemple, ne serait-ce que pour les infrastructures, l’IFC considère qu’il faudrait 90 milliards de dollars par an sur ce seul domaine pour mettre le continent à niveau, alors, alors que l’effort n’est aujourd’hui que de moitié.

On a oublié que le premier prêt accordé par la Banque Mondiale en mai 1947 fut pour la France (juste avant le plan Marshall, d’ailleurs). A l’époque la France avait bénéficié de 250 millions de dollars pour ce premier prêt, ce qui représenterait aujourd’hui près de 300 milliards de dollars avec l’effet inflation. En tout, la France a bénéficié de 20% du plan Marshall jusqu’en 1952, ce qui représenterait aujourd’hui un montant supérieur à une année de notre PIB de 2018 !

La comparaison au plan Marshall doit cependant s’arrêter aux chiffres, car les effets négatifs du plan Marshall sont connus et surtout, depuis lors, de nouveaux outils financiers (les garanties multilatérales, par exemple) se sont développées offrant plus de moyens et surtout des financements mixtes « public-privé » (zones économiques spéciales, partenariat public-privé). Mais les chiffres sont importants, car ils montrent bien la faiblesse du soutien financier pour l’Afrique contrairement à certaines idées reçues.

 

Jean-Michel Huet, Associé BearingPoint

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s