La Gambie, la Guinée Bissau, la Mauritanie et le Sénégal initient une discussion pour la gestion conjointe d’un aquifère partagé

Avec une superficie d’environ 350’000 km2, le bassin aquifère sénégalo-mauritanien est le plus grand bassin de la marge atlantique du nord-ouest de l’Afrique. Les eaux souterraines qu’il renferme constituent une ressource stratégique pour les quatre Etats de l’aquifère, respectivement la Gambie, la Guinée Bissau, la Mauritanie et le Sénégal, dont les populations – qui comptent plus de 24 millions de personnes au total – dépendent dans une large mesure pour leur accès à l’eau potable et divers usages sectoriels. Certaines villes importantes de la région, telles que Bissau et Dakar, y trouvent une part essentielle de leur approvisionnement en eau. Cependant, les Etats sont confrontés à plusieurs défis tels que les risques liés à la salinisation, à diverses sources de pollution ou encore à l’impact des changements climatiques sur la variabilité des précipitations nécessaires à la recharge des nappes. Une situation qui est d’autant plus préoccupante en l’absence d’un cadre de coopération au niveau régional et au regard de la nécessité de développer les connaissances relatives à ces systèmes aquifères.

Une première étape vers une coopération renforcée

Du 6 au 7 février 2019, la table ronde de réflexion sur la collaboration transfrontière autour du système aquifère sénégalo-mauritanien a réuni les quatre Etats de l’aquifère ainsi que les principaux organismes de bassins transfrontières de la région : l’Organisation pour la Mise en Valeur du fleuve Sénégal et l’Organisation pour la Mise en Valeur du fleuve Gambie.

La table ronde a fourni une plateforme d’échanges aux quatre Etats et aux organismes de bassin, avec les contributions actives d’experts et de partenaires techniques et financiers. Elle a permis de faire un point sur les connaissances actuelles de l’aquifère, d’échanger sur les enjeux de gestion de l’aquifère partagé et d’identifier des options possibles de coopération afin de promouvoir la gestion et l’utilisation durables de l’aquifère. En s’appuyant notamment sur la Note d’Orientation sur les Avantages de la Coopération dans le Domaine des Eaux Transfrontalières, élaborée dans le cadre la Convention sur l’eau, les Etats ont procédé à l’identification d’un large faisceau d’avantages qu’une coopération renforcée sur le bassin sénégalo-mauritanien pourrait générer, tant en termes d’avantages économiques, sociaux et environnementaux (par exemple l’augmentation possible des revenus dans les petits projets d’agriculture irriguée et la réduction des coûts de production et d’exploitation pour l’approvisionnement en eau potable), que d’avantages liés à la coopération économique régionale et en matière de paix et de sécurité (par exemple la stabilité régionale propice aux investissements et la lutte contre l’exode rural).

Vers une gestion concertée informée, résiliente et durable

Parmi les recommandations principales de la réunion, les Etats ont convenu de constituer un Groupe de travail en vue de procéder à un état des lieux global des connaissances existantes du bassin et d’esquisser un projet commun de gouvernance résiliente de la ressource pour le développement durable et pacifique de la région. Ce projet pourrait être soutenu par un consortium de partenaires, y compris les partenaires techniques et financiers ayant contribué à la table ronde (AIEA, BAD, BGR, Canton de Genève, DDC, GWH, IGRAC, CEE-ONU et UNESCO).

La table ronde était organisée conjointement par le secrétariat de la Convention sur la protection et l’utilisation des cours d’eau transfrontières et des lacs internationaux (Convention sur l’eau) sous l’égide de la CEE-ONU et le Geneva Water Hub, un centre d’excellence sur l’hydropolitique et l’hydrodiplomatie rattaché à l’Université de Genève, qui héberge le secrétariat du Panel mondial de haut niveau sur l’eau et la paix. La problématique de cette table ronde s’inscrit en ligne avec les recommandations du Panel, que le Geneva Water Hub contribue à mettre en œuvre, et qui relèvent notamment l’importance d’accroitre la coopération transfrontière et intersectoriel sur les eaux souterraines.  Cette table ronde s’inscrit également dans le cadre des activités de la Convention sur l’eau, dont le mandat est de renforcer la coopération via le développement d’accords et d’arrangements conjoints pour la gestion des eaux transfrontières, aussi bien les eaux de surface que les eaux souterraines. L’adhésion récente du Sénégal à la Convention sur l’eau et l’intérêt manifesté par les autres Etats riverains à adhérer à la Convention témoignent de l’importance accrue accordée à la Convention sur l’eau comme instrument universel de diplomatie de l’eau.

Unece.org

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